Thème des 6èmes Journées Georges Doriot (Mons, Belgique)

Soutenu à la fois par une tradition académique fonctionnaliste et des discours politiques normatifs, l’entrepreneuriat a longtemps été considéré sous le prisme exclusif de la création de richesse (Jennings et al., 2005 ; Amstrong, 2005 ; Tedmanson et al. 2012). Les discours scientifiques et politiques ont notamment attribué un rôle sans doute excessif à l’innovation et cultivé la figure du leader héroïque (Janssen et Schmitt, 2011), masquant des formes d’entreprendre plus contrastées, des raisons d’entreprendre variées et mettant aussi de côté la performativité et l’idéologie de ces mêmes discours optimistes. Au-delà de cet « entrepreneurialisme », l’entrepreneur(e) peut également – peut-être avant tout – être envisagé comme un agent du changement social et politique, transformant par ses micro-pratiques des ordres établis.

Ce changement de perspective implique, d’une part, de déconstruire un ensemble de discours autour de l’entrepreneuriat considérés comme allant de soi, d’appréhender différemment les processus entrepreneuriaux et d’approfondir l’étude des « entreprendre autrement » d’autre part. Il en va ainsi par exemple de la création de valeur financière que les approches traditionnelles peinent à appréhender en phase de création d’entreprise et qui constitue, pour de nombreux entrepreneurs, plus une contrainte qu’un objectif (St-Pierre et Cadieux, 2011). Il en va ainsi également des formes solidaires, sociales et collectives de l’entrepreneuriat qui appellent à un renouvellement des approches là où on calque le plus souvent les instruments dominants de l’entrepreneuriat (plans d’affaires, etc.). Il en va ainsi enfin des référents culturels occidentaux qui soutiennent les manières de penser l’entrepreneuriat.

L’objectif de ces 6èmes journées est de mettre en débat des conceptions dites « critiques » de l’entrepreneuriat. Il s’agit plus spécifiquement de « défier » les hypothèses fondatrices de l’entrepreneuriat pour générer des théories « intéressantes » au lieu de miser sur la simple détection de vides dans la connaissance accumulée et considérée pour « vraie » (Alvesson et Sandberg, 2013). Les approches critiques ont également pour ambition de « réhabiliter l’épaisseur de la décision humaine, l’importance des rapports de force au sens large, la place de l’incertitude ou des dimensions symboliques à l’œuvre dans les activités productives » (Taskin et de Nanteuil, 2011). Dans cette perspective, nous vous invitons à développer des perspectives critiques, nouvelles et originales sur les thèmes suivants :

 

  • – Entrepreneuriat et changement social ;
  • – Finance entrepreneuriale et renouvellement de la création de valeur ;
  • – Entrepreneuriat, légitimité et déviance ;
  • – Approches narratives de l’entrepreneuriat ;
  • – Esthétique de l’entrepreneuriat ;
  • – Entrepreneuriat, résistance et émancipation ;
  • – Mode d’enseignement « alternatifs » de l’entreprendre ;
  • – Entreprendre, ontologie processuelle, processus entrepreneuriaux (entrepreneuring) ;
  • – Entrepreneuriat et genre ;
  • – Entrepreneuriat ethnique et immigrant ;
  • – Approches politiques : la société entrepreneuriale ;
  • – Entrepreneuriat et géostratégie ;
  • – Déconstruction des histoires et discours dominants ;
  • – Entrepreneuriat familial, pérennité et résistance à la financiarisation ;
  • – Entrepreneuriat durable, social et solidaire / Entrepreneuriat collectif ;
  • – Entrepreneuriat contraint ou de nécessité ;
  • – Approches culturelles de l’entrepreneuriat ;
  • – Construction des identités entrepreneuriales ;
  • – Effectuation, « Bricolage », sérendipité et entrepreneuriat ;
  • – Défaillance / échec entrepreneurial ;
  • – Micro-finance ;
  • – Entrepreneuriat, pouvoir et soumission ;
  • – Entrepreneuriat et excès du capitalisme ;
  • – Entrepreneuriat et développement ;
  • – etc…

 

Quelques références:

  • Alvesson, M. and Sandberg, J. 2013. Constructing research questions. Doing interesting research. Sage.
  • Gomez, P.-Y., Korine, H. 2008. Entrepreneurs and Democracy : A political Theory of Corporate Governance, Cambridge University Press.
  • Jennings, P., Perren, L., Carter, S. 2005. Guest Editors Introduction: Alternative Perspectives on Entrepreneurship Research. Entrepreneurship Theory and Practice, vol. 29(2), pp. 145-152.
  • Jones, C., Spicer, A., 2009. Unmasking the Entrepreneur, Cheltenham: Edward Elgar.
  • Nash, S. J., 1987. On entrepreneurship: a critique of the economic theories of entrepreneurship. Honours Thesis, School of Economics, University of Queensland.
  • Janssen, F., Schmitt, C. 2011. « L’entrepreneur, héros des temps modernes? Pour une analyse critique de l’entrepreneuriat », In : Taskin, L. et de Nanteuil, M. (dir.) Perspectives critiques en management. Pour une gestion citoyenne, De Boeck, pp. 163-184.
  • Steyaert, C., Hjorth, D. 2007. Entrepreneurship as social change. Cheltenham, UK: Edward Elgar.
  • St-Pierre, J., Cadieux L. 2011. « La conception de la performance : Quels liens avec le profil entrepreneurial des propriétaires dirigeants de PME ? », Revue de l’Entrepreneuriat, vol. 11, no 1, pp. 7-26.
  • Taskin, L., de Nanteuil, M. 2011. Perspectives critiques en management : pour une gestion citoyenne, Bruxelles : de boeck.
  • Tedmanson, D., Verduyn, K., Essers, C., Gartner, W. B. 2012. Guest Editors. Critical perspectives in entrepreneurship research, Organization, sept., vol. 19 (5), pp. 531-541.